" Quelques rares unités ont échappé au coup de force des Troupes Nippones, en particulier deux bataillons de Légion basés à Tong en bout de delta Tonkinois. Deux mois durant sous le commandement du Général Alessandri, ces troupes retraitent en combattant jusqu'en Chine où elles espèrent trouver répit et possibilités de reprendre le combat. En réalité, elles vont subir un internement sévère humiliant, incompréhensible surtout. Alessandri était en droit d'imaginer que les Chinois et les Américains menaient le même combat contre les Japonais et qu'ils aideraient les Français dans cette lutte.
En réalité, Alessandri est le premier à le découvrir, mais l'ensemble des troupes d'Indochine l'a éprouvé, les Américains ont en vue l'éviction pure et simple de la France sur ce territoire.
Le Général Wedemeyer, commandant le "Front occidental" de Chine et de Birmanie, n'a pas mâché ses mots. Au Général Chennault qui avec ses "Tigres volants", voulait porter assistance aux colonnes en retraite qui se battaient encore, il a ordonné sèchement :
"Pas un grain de riz, pas une aiguille pour les Français !"
Alors qu'à douze mille kilomètres de là, au coude à coude avec les alliés anglais, américains ou russes, les Français participent à l'ultime chevauchée qui les mène au cœur du Reich allemand; en Extrême Orient, ils sont considérés comme des parias, peut-être même comme des ennemis. Il est vrai que Roosevelt est "anticolionaliste".
La seule intervention de l'Aviation de bombardement de l'US Air Force aura lieu le 13 Mars 1945, sur le camp de prisonniers de Langson où 400 tirailleurs tonkinois trouvent la mort.
Ainsi en quelques heures, la présence française est balayée de la péninsule indochinoise. A L'exception de quelques échappés qui errent solitaires dans la jungle, et des dix ou douze équipes de "Jed Burghs" parachutés dans les montagnes du Laos, il ne subsiste rien du système militaire.
Six mois s'écoulent ainsi avant que la France ne se manifeste de nouveau, mais dans des conditions, d'abord précaires, difficiles ensuite, puis désespérées.
Le 15 Août 1945, la capitulation japonaise s'est produite. Elle n'a en rien modifié le statut des internés français, au contraire. Les japonais ont simplement transféré leur souveraineté à un parti politique nationaliste vietnamien qui, avec la complicité des américains, s'est répandue sur l'ensemble du territoire de Hanoï à Saïgon."
Extrait de "La Coloniale du Rif au Tchad" 1925-1980 - Erwan Bergot
